D’un fils à son père

Par admin

BG95Le 21 décembre mon père est décédé à l’âge de 90 ans après une longue et pénible maladie. J’ai pu, avec chance, trouver des billets d’avion pour revenir à Montréal pour lui rendre un dernier hommage avec les membres de la famille.

Un jour mon père Marcel m’a dit : « Il faut que je te dise que partout où tu seras, quoique tu fasses, ton père sera toujours ton père! »

Je lui ai répondu : « Papa je l’ai toujours su. Mais je veux aussi que tu saches que j’aurais toujours voulu être à côté de toi aussi souvent que tu as été près de moi. » On s’est regardé dans les yeux et on s’est serrés les mains très fort. J’avais 47 ans… et lui 77 ans.

Aujourd’hui papa j’ai encore envie de te dire et redire ces petites choses qu’on a partagé ensemble à l’occasion. Je t’ai déjà dit je crois que dans ma tendre enfance je t’enviais beaucoup. J’aurais tant voulu te suivre partout. Toi, tu avais déjà vu les chantiers d’Ontario avec ton beau-frère Dollard et ça me fascinait. Et puis il y a eu ces départs pour Terre-Neuve où tu te rendais avec ton frère Alex et parfois Yvon pour réaliser des contrats sur des chantiers de construction pendant de longs mois d’hiver. C’était le bout du monde pour moi. J’aurais tant voulu moi aussi prendre ce grand avion avec toi pour découvrir un ailleurs, voir ce qu’il y avait un peu plus loin que notre Gaspésie, notre Montréal et notre Québec. C’est d’ailleurs pendant l’une de ces absences que l’on a hébergé notre petite Sylvie, ma petite sœur adoptive et ta petite fille adoptive.

Mais que j’avais donc hâte que tu reviennes de ces chantiers lointains pour t’écouter raconter comment ça se passait ailleurs. Dans mes yeux d’enfant j’aurais voulu être moi aussi un homme de chantiers comme toi, ne serait-ce que pour te suivre et découvrir d’autres espaces de vie.

Je savais bien sûr que ces retours seraient aussi l’occasion de nouvelles retrouvailles avec la famille élargie de Gaspésie, d’Ontario et d’ailleurs mais aussi avec Alphonse et Odile, tes frères, la gang à Oncle Octave et tante Alice et combien d’autres, sans oublier bien sûr ces visites chez tante Alphonsine à Ville LaSalle. Et puis il y avait les amis proches que l’on reverrait plus souvent, ceux de toute une vie comme Marius et Jeannine.

Finalement, un jour tu es resté sur tes terres et ce fut à mon tour de partir au loin, parfois de plein gré et parfois bien malgré moi. C’est la vie comme tu me l’as répété souvent.

On a toujours partagé des bons moments à chacun de mes retours. Comment oublier ces quelques excursions de chasse aux lièvres, ces heures à la pêche, ces merveilleux repas en famille?

Est-ce que je t’ai dit aussi que j’aimais t’entendre jouer de la musique à bouche. Dès que j’ai pu, j’en ai toujours eu une pour essayer de faire comme toi. Quand tu cessais de jouer tu me disais que c’était parce que la tienne se bouchait trop rapidement mais moi je savais que tu étais tout simplement à bout de souffle… et je riais. Je le sais parce que moi aussi je manque de souffle.

Ce que j’ai toujours apprécié est qu’avec toi je pouvais parler de tout. Tu as même accepté de me parler de certains de tes pensionnaires au Centre de prévention Parthenais, incluant mes amis syndicalistes Charbonneau, Pépin, Laberge et Michel Chartrand. Ils n’ont jamais su ce que tu m’as raconté car tu as toujours été un homme de parole et jamais je n’aurais osé trahir le silence que tu avais juré de conserver.

Tu vas sûrement sourire en te souvenant qu’on a toujours voté tous les deux pour les mêmes partis politiques… La différence avec toi c’est que j’étais généralement en avance de deux élections. Ça voulait dire que tu en gagnais une ou deux avant qu’à mon tour je puisse me réjouir.

Au-delà de tout ça tu as longtemps hésité à me donner des conseils dans la vie. Je ne t’en fais pas un reproche bien au contraire car tu savais que ça passerait mieux autrement et c’est ce que tu as su faire si souvent.

Mais un jour tu as cru important de le faire directement en me suggérant de jeter un coup d’œil à la voisine de Laurette. J’ai fait semblant cette fois-là de ne pas t’écouter mais j’étais doublement content car ça confirmait qu’on partageait les mêmes goûts. Je pouvais donc difficilement me tromper. C’est plutôt rare dans une relation père-fils.

D’ailleurs on a toujours dit que j’étais beaucoup plus lent que toi, ce qui est vrai, mais dans cet épisode de vie j’avais réussi pour une fois à te devancer et j’en étais plus que fier. Quand tu t’es finalement rendu compte de la réalité je dois te dire que ce fut un très grand bonheur de savoir que tu partageais dans ton for intérieur ces moments de grand amour que j’ai vécu avec ma Ghislaine.

Mais on a également partagé nos petits secrets à deux. Dans les pires épreuves de la vie combien de fois m’as-tu répété : « Il faut oublier et foncer! »
Oui j’ai foncé mais j’avoue que je regretterai aussi le fait que tu n’aies pu voir tes deux petites filles au cours de toutes ces longues années. Ni toi ni moi n’avons oublié mais nous aurons appris à vivre avec cette douleur sans qu’elle nous détruise. Sans toi d’ailleurs je ne crois pas que j’y serais arrivé.

On a partagé notre dernier secret pour une dernière fois lors de ma visite en août dernier. Cette fois-là c’était toi qui étais en cause. Tu m’as dit dans un moment de lucidité et en me regardant directement dans les yeux : « C’est assez… Je suis fatigué, j’en ai assez et ça ne sera plus long maintenant… » J’avais compris. En fait, tu n’as jamais eu besoin de m’en dire long pour que je comprenne. Ton regard m’a toujours suffit.

Merci papa et partout ou je serai je sais que tu seras toujours là auprès de moi et auprès de chacun de nous.

One Response to “D’un fils à son père”

  1. Très beau texte, comme j’aimerais savoir écrire de cette façon… mon âme le pense mais mes mots ne sont pas toujours exacts.
    J’aimerais aussi corespondre avec toi si tu le veux bien. Je suis du Québec, tu as mes coordonnées je les ai mises sur twitter.

    Pauline

    #26626

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Qui suis-je?

Québécois d'origine j'ai découvert l'Andalousie une première fois en 1973. J'y suis revenu seulement en 2004 mais cette fois-ci pour m'y installer définitivement.

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